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Cap Vert

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On quite la Palmeira sur l’île de Sal le 10 décembre. Moins de 24 heures de navigation en perspective pour rejoindre l’île de Sao Nicolau, Emeline est contente, ça devrait passer vite ! La nuit tombe et la ligne de pêche de Félix s’agite sérieusement. Branle bas le combat sur le pont, vite on attrape le crochet pour poisson et le rhum ! Félix tire, enroule la ligne, déterminé à ramener le poisson près du bateau. Cette fois ci il ne va pas lui échapper comme le Marlin ! C’est une Dorade Coryphène, un monstre d’une quinzaine de kilo. Félix, fier comme un coq, peine à la soulever à deux mains pour prendre la fameuse photo souvenir. La découpe à cheval sur la bête à même le sol va donner au cockpit des allures de boucherie. Le premier soir on la cuisine en mode mahi-mahi à la tahitienne, un vrai régal 😋 !

On arrive au mouillage de Tarrafal au levé du jour. 10 mètres de fond, l’eau claire, et on y retrouve quelques bateaux rencontrés aux Canaries ! On profite d’être à l’ancre pour allumer le BBQ. Félix se cuisine un gros burger de daurade pendant qu’Emeline mange la langouste offerte par un ami du mouillage, c’est repas de fête.

Le lendemain, après une matinée à faire des conserves de daurade et nuggets de daurade, c’est le retour de Guigui et Marco. Une semaine sans se voir, il faut fêter les retrouvailles ! On invite également le voilier Oceascience et on finit la daurade, heureusement, il y en a assez pour huit.

Le vent commence à se lever, mais la météo semble encore bonne, alors on part explorer l’île avec les copains. Le sommet n’est pas très haut mais les chemins à la Cap Verdienne, tracés droit dans la pente, sont assez casse-pattes. Le côté au vent de l’île est magnifique, grandes falaises verdoyantes et petites maisons perchées sur les crêtes.

De retour au bateau, le vent se met à monter, monter sans avoir l’air de vouloir s’arrêter: 35, puis 40, et 50 kts dans les rafales ! Vous imaginez l’état de stress d’Emeline dans ces moments là. Le bateau qui tire des bords mais heureusement ne dérape pas ! On met en place toutes les alarmes de mouillages, mais Sea You reste en place. Les prévisions annonçaient 15-20 kts de NE, le mouillage était abrité dernière les hauts sommets de l’île, nous ne pensions pas prendre 40 kts en continu. Erreur de notre part, les montagnes créent au contraire un effet venturi. Le vent qui passe au dessus des sommets accélère fortement et nous tombe dessus. Pas moyen de partir de là bas, nous ne voulons pas prendre le risque d’aller en mer avec des conditions pareilles. Alors on attend, 3 longs jours coincés sur le bateau. Heureusement, le vent a pensé à nous, et pour nous occuper, une gentille rafale à 40 kts retourne l’annexe accrochée sagement dernière le bateau. Tout est à l’eau, adieu rames, tongs et autres merdouilles ! Le moteur lui aussi a pris son bain. Il faut faire vite: démonter, rincer, pulvériser du WD40 partout avant que le sel ne fasse son travail et que la rouille attaque notre précieux 2 temps. Guillian et Marco viennent nous porter secours, et après quelques heures de bricolage le moteur démarre ! On les récompense du service avec un bon repas et du bon vin de la cave du capitaine.

Ce n’était qu’un échauffement car le lendemain leur moteur passe à l’eau et notre nourrice qui avait pris l’eau pourrit notre moteur. On peut donc se lancer de nouveau dans un concours de démontage nettoyage et remontage de moteur, avant la séance coiffeur pour Marco. Ça y est, Emeline s’est convertie en coiffeuse à domicile, elle va pouvoir nous financer le voyage en travaillant (ou pas …) !

Quand le vent se calme enfin, nous levons l’ancre pour partir en direction de Mindelo sur l’île de Sao Vicente, cette fois aucune pêche, Félix est tout triste. Nous passons dix jours tranquilles à Mindelo. Nous préparons doucement Sea You pour la transat, nous sortons tous les soirs dans les bars et faisons de supers rencontres. Mindelo est LA ville où tous les voileux du coin en départ pour la transat se retrouvent ! Impossible de faire trois pas sur le ponton sans rencontrer quelqu’un et discuter pendant une heure. On échange souvent de bons conseils, on pique nique ensemble, on s’aide pour trouver le fameux magasin chinois qui vend tout et n’importe quoi. La belle vie !

À l’approche de Noël, nous aidons Carmina à démonter leur safran dont la bague s’était sacrément usée et avait provoqué un délaminage du tube de jaumière (🙈). Le 23 décembre, nous prenons un ferry pour aller randonner sur l’île de Sao Antão. Guigui et Geraldina (une argentine rencontrée sur les pontons) nous accompagnent, Marco reste au lit, il a attrapé un virus. La randonnée passe par une jolie caldeira, puis descend dans une vallée jusqu’à la mer. De retour à Mindelo nous préparons le repas de Noël, mais surtout nous essayons tant bien que mal de faire l’approvisionnement du bateau pour la transat. Ce n’est pas une idée de génie de vouloir partir le 25 décembre, car le 24 les rares supérettes de la ville sont prises d’assaut, et on ne trouve presque rien ! Le jour de Noël nous mettons les voiles, direction le Brésil 🇧🇷 !

Nous avons mis 5 jours tout pile pour rallier l’île de Sal depuis la Gomera aux Canaries. En ligne directe il y a environ 760 miles nautiques, mais comme vous pouvez le voir sur la carte (ici), nous n’avons pas vraiment suivi la route la plus courte. Malgré cela, sur les 400 derniers miles nautiques, nous avons effectué une moyenne de 7.1 kts, pas mal du tout pour notre bateau !

Roro (notre routeur) nous avait conseillé de rester bien à l’ouest au début. Mais après des heures à rouler dans le vent et la houle venant de l’arrière, on décide d’empanner avec Boutavent. Cet empannage de confort, une dizaine d’heures trop tôt nous coûtera cher car on va passer tout le reste de la traversée à batailler pour éviter le plein vent arrière et les empannages surprises qui vont avec. On essaye toutes les techniques, ciseaux GV-génois, trinquette-génois, GV seule…  » ah non, maintenant ça claque avec le génois, on remet la trinquette ! ». Au bout d’un moment, on finit par laisser le bateau rouler avec GV et trinquette. À l’intérieur de Sea You le temps passe doucement, dodo, lecture, film, manger, dodo, manger etc… Mais on profite aussi de la navigation en convoi pour faire des jeu à la VHF (« h5 ?! Touché coulé ! »). On fête en mer les anniversaires d’Anatole et Emeline en mode quizz musical à la VHF.

Alors qu’on était tous à l’intérieur, Félix passe la tête dehors et voit la ligne tendue comme un … La course commence, avec les gros gants il remonte progressivement la prise, c’est gros ! Un requin ? Un Wahoo ? Non, en fait c’est un marlin d’environ 1,5m ! Une fois la bête au cul du bateau, on en vient au noeud du problème, jeter un thon vivant dans le cockpit ça passe, mais un marlin c’est le carnage assuré ! Après 5 minutes au plus près du bateau, la ligne casse et le marlin repart avec un joli piercing poulpe. La suite de la pêche sur cette traversée ne sera qu’une succession de leurres perdus. On apprendra après qu’il aurait fallu utiliser un bout pour faire un lasso autour de la queue. Félix passe le reste de la navigation à tourner en boucle sur ce marlin perdu et les potes de Carmina qui ont pris une coryphène de 1m33 vont pouvoir le chambrer pendant des semaines !

À une cinquantaine de miles de l’arrivée, un avion de la marine nationale française nous survole à pleine vitesse. Nous discutons avec eux par VHF, ils sont très sympathiques et nous expliquent qu’ils sont là pour assurer la sécurité en mer ! À la demande d’Emeline ils feront même un deuxième passage pour qu’on puisse faire des photos.

Nous arrivons à Sal en début d’après-midi le 27 novembre, le vent souffle fort, 30 noeuds sur l’anémomètre. Nous nous cherchons une place au milieu de tous les voiliers mouillés dans l’anse de la Palmeira, et après 3 tentatives l’ancre est bien prise au fond, ouf, le bateau ne bouge plus. Boutavent pose son ancre non loin de nous, Carmina arrive une paire d’heures plus tard et nous nous retrouvons tous pour fêter l’arrivée autour d’un bon repas. Au menu, la fameuse daurade coryphène de Guillian et Marco.

Depuis quelques semaines déjà, Félix suivait l’évolution des prévisions météo à Sal. L’île est réputée pour ses spots de kite et de surf, et il compte bien en profiter au maximum ! Lorsque le vent se lève, on part avec la famille Boutavent et Damien du voilier Jubilée pour une session kite à kitebeach au sud-est de l’île. Les conditions sont bonnes et le vent juste assez fort pour faire faire un tour de kite aux enfants.

Thibaut, le compère surf de toujours et très bon copain de Félix, vient nous voir pour le super swell annoncé. La semaine sera épique, ils enchaînent les sessions parfaites en tête à tête et ils emmènent Emeline surfer la plus grosse vague de sa vie, boobie high ! (En surf on parle de taille overhead ou double overhead, mais Thibaut propose le boobie high comme nouvelle mesure pour Emeline, c’est plus approprié !).

Lorsque les vagues ne sont pas de la partie, le Palmeira fast food devient notre repère. C’est un bar dans un vieux container où le terme fast est assez subjectif quand les frites coupées à la main mettent des heures à arriver. Bref, on se met à l’heure africaine ! Mais cela nous laisse d’autant plus de temps pour enchaîner les rhums arrangés et bières sous l’œil amusé des locaux plus habitués à voir les touristes rester dans les bars plus normaux au bord du port. On débarque souvent à 10 copains et on sort de là très joyeux !

Puis vient le départ repoussé au maximum de Boutavent pour la transatlantique. On est tout triste de les laisser, mais c’est pour mieux se retrouver dans le pacifique ! Le rendez-vous est pris, ça sera Tahiti en 2020. Eux par Panama, nous par les canaux de Patagonie ! On profite du départ de tout le monde pour bosser un peu sur le bateau, car avec le surf et les soirées on est un peu en retard sur notre « boulot ». Carmina part avant nous de Sal, Anne Lise la copine de Marco doit prendre l’avion à Mindelo. Nous levons l’ancre quelques jours après en direction de Sao Nicolau.